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Un ancien poste de traite de fourrures, planche de slaut d'un village manitobain


Publié le vendredi 26 mai 2017  - Ici Manitoba/Radio-Canada

 

Dans l'espoir d'insuffler une nouvelle vie à leur communauté bilingue dans l'ouest du Manitoba, des résidents de Saint-Lazare souhaitent aménager un centre d'interprétation là où se trouvait autrefois le fort Ellice, un ancien poste de traite de fourrures de la Compagnie de la Baie d'Hudson.


Un texte de Samuel Rancourt




En plus de protéger les terres de la Compagnie de la baie d'Hudson, le fort Ellice approvisionnait les voyageurs en nourriture et en outils. Photo : Radio-Canada/Samuel Rancourt

 

Saint-Lazare est un pittoresque village de 260 résidents niché au creux d’une vallée, au confluent des rivières Assiniboine et Qu’Appelle. Au centre du hameau se trouvent des devantures colorées de l’empire Fouillard, l’une des plus importantes familles de commerçants dans la municipalité rurale d’Ellice-Archie, avec ses magasins Fouillard Steel Supplies, Fouillard Carpets et Fouillard Discount. D’autres services s’offrent à la vue, dont un restaurant et un magasin général, sans oublier un motel.

 

Selon la municipalité rurale d'Ellice-Archie, quatre bâtiments commerciaux sont à vendre ou à louer dans le village d'environ 260 habitants. Photo : Radio-Canada/Samuel Rancourt


Toutefois, des enseignes de locaux à vendre témoignent d'une gloire passée.



« Les commerces à Saint-Lazare ont beaucoup de difficultés à compétitionner avec les gros commerces en ville », affirme Roland Blouin, un homme de 53 ans qui a vécu toute sa vie dans la communauté rurale. « Maintenant, il est très facile de faire deux heures de route et de magasiner à Regina. Quand on avait notre station d’essence, une trentaine de motoneigistes s’arrêtaient au village [pour faire le plein] (...) Ils arrêtaient au motel. Maintenant, nous n’avons plus ça. [Saint-Lazare n’a plus de station d’essence]. »

 



La propriétaire du magasin sidérurgique Fouillard Steel Supplies, Louise Fouillard, s’inquiète également de l’avenir des entrepreneurs locaux. « En vieillissant, je vois que notre village commence à diminuer, déplore-t-elle. Beaucoup d’endroits ferment leurs portes. »

Pour sa part, l’enseignant à l’École Saint-Lazare, Jeremy Laferrière, croit que l’emplacement de Saint-Lazare freine son développement. « Il n’y a pas beaucoup de touristes et je crois que la raison, c'est que l’on est bien caché. Il faut aller chercher le monde. C’est une bataille pour garder les entreprises et le monde ici, à Saint-Lazare. »

 


Une opération séduction basée sur le patrimoine



 

Afin d’attirer les visiteurs, la Corporation de développement économique de Saint-Lazare (CDC) compte créer un attrait touristique à l’emplacement même de l’ancien fort Ellice.

 

Le fort Ellice est actuellement identifié à l'aide d'un monument en pierre, car il n'existe aucun vestige du poste de traite sur place. Photo : Radio-Canada/Carla Oliveira


Contrairement au fort Gibraltar, poste de traite rebâti et ressuscité en 1978 dans le quartier Saint-Boniface de Winnipeg, le centre d’interprétation au fort Ellice de Saint-Lazare ne sera pas une reproduction grandeur nature. L’aire sera plutôt aménagée avec des sentiers pédestres dotés de panneaux explicatifs racontant l’histoire du fort, notamment son poste de traite, sa maison du bourgeois, ses cabanes des engagés et son entrepôt de pemmican.



Les touristes pourront donc découvrir et explorer eux-mêmes l’histoire du fort qui remonte aux premiers balbutiements de ce qui deviendra l’Ouest canadien.



 

« Nous aurons [aussi] des kiosques », rassure M. Blouin.

 

 

La CDC estime à 100 000 $ le coût des travaux nécessaires à l’amélioration du réseau routier à proximité de l'endroit, à la création d’un terrain de stationnement pour visiteurs ainsi qu’à l’aménagement du centre.



 

« Le chemin [vers l'endroit] est assez endommagé avec l’eau qui coule. [NDLR : Situé dans une vallée au confluent de deux rivières, Saint-Lazare est souvent victime d’inondations.] Nous devons l’arranger et nettoyer les arbres. Nous espérons obtenir une subvention dans le cadre des célébrations du 150e de la Confédération [pour les frais des travaux nécessaires]. »

 


Un incontournable de l’histoire du Manitoba


Le fort Ellice a vu le jour en 1862. Un premier fort, construit près de 30 ans plus tôt, a brûlé. L’emplacement du nouveau fort se voulait stratégique : ses côtés nord et est étaient protégés par le ruisseau Beaver, et son flanc ouest par la fourche des rivières Qu’Appelle et Assiniboine.

« Les voyageurs voyaient venir le commerce, les bateaux et les ennemis de loin », explique Roland Blouin.

 

Lieu de rassemblement depuis des générations

Même après la démolition du fort Ellice, le lieu est demeuré dynamique. De la fin des années 60 jusqu’aux années 80, la communauté s’y retrouvait pour la fête sportive St. Lazare’s Sports Days, qui comprenait un tournoi de balle rapide.

« J’étais tout jeune, se rappelle M. Blouin. Nous avions du bingo et de la nourriture. Il y avait plus de 1000 personnes présentes. »


Une équipe de balle rapide de Saint-Lazare dans les années 60. Photo : Gracieuseté du Centre d'interprétation du fort Ellice.


Moins de 10 ans après la fin des St. Lazare’s Sports Days, le village de Saint-Lazarre a lancé en partenariat avec des villages environnants l’activité de financement Ride For Hope sur l'emplacement du fort.

Pendant une vingtaine d’années, des courses hippiques ont permis d’amasser de l’argent destiné aux enfants malades de la région qui devaient recevoir des traitements hospitaliers en ville.

Les participants de Ride for Hope se rendent sur le site du fort Ellice à cheval pour prendre part aux traditionnelles courses hippiques, encans et danses du samedi

L'emplacement du fort Ellice appartenait à la famille Fouillard jusqu'en 2012, lorsque l’organisation Conservation de la nature Canada (CNC), une agence financée en partie par le gouvernement fédéral, est devenue propriétaire du terrain.

L’organisme national a déjà rendu publique son intention de le rendre accessible aux touristes, mais il a traîné de la patte.

Toutefois, en cette année anniversaire de la Confédération, Roland Blouin a bon espoir quant à la possibilité d’un prochain déploiement de ressources pour faire venir des touristes sur sa terre natale.

« Je pense que le projet ira de l’avant dans les prochaines semaines », conclut-il, tout en restant coi sur les détails.

Avec des informations de la Corporation de développement économique de Saint-Lazare (CDC), du Centre d'interprétation du fort Ellice et de la municipalité rurale d'Ellice-Archie.

 

D’où vient le nom de fort Ellice?
Le fort a été nommé en l’honneur d’Edward Ellice, un gérant de la Compagnie de la baie d’Hudson. Le marchand britannique était d’ailleurs surnommé Bear Ellice, en raison de sa participation à la traite de fourrures dès 1803.



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